Étude de cas · Écriture & direction artistique
De d’Artagnan à Joséphine Baker — une étude d’écriture, d’archives et de lumière

En 2025, Aurélien Lafargue / Nature Graphique a développé une étude de conception pour un mapping vidéo au Château de Vincennes. Pensée pour le Pavillon du Roi, cette écriture historico-poétique transforme l’architecture en fresque vivante : archives, peintures, plans, silhouettes et lumières y traversent huit siècles d’histoire, de Saint Louis à Joséphine Baker.
Statut du projet · Étude de casLe texte et les visuels présentés ici documentent une recherche d’auteur : concept, écriture narrative, direction artistique, storyboard et mockups. Ils ne constituent pas la documentation d’une production finale exploitée par Nature Graphique.
Contribution de Nature GraphiqueConception artistique, repérage, recherche iconographique, écriture narrative, structure dramaturgique, direction artistique, storyboard et création des mockups : Aurélien Lafargue / Nature Graphique. Aide à la conception : Max Neveu.
Visuel 01 · Le Pavillon du Roi, fresque de mémoire
Archives, matières, figures et détails architecturaux composent une image pensée pour la façade réelle.

Une étude de cas : faire du monument une matière narrative
Le Château de Vincennes est l’un des lieux où l’histoire monarchique et républicaine française se concentre avec le plus de force. Forteresse, résidence royale, prison d’État, caserne, lieu d’exécution et aujourd’hui centre d’archives, il porte plus de huit siècles de destins politiques, artistiques et symboliques. Un mapping vidéo au Château de Vincennes ne peut donc pas se contenter d’habiller une façade : il doit trouver une manière juste d’écouter ce que la pierre contient déjà.
Cette étude part de cette exigence. Elle imagine une immersion contemplative et poétique, construite à partir d’images historiques et de créations visuelles sur mesure. Plutôt qu’une reconstitution rigide ou une leçon chronologique, elle propose une promenade par tableaux : des apparitions, des bascules, des traces, des fantômes bienveillants du passé et les secrets que les pierres semblent murmurer.
La question fondatrice est simple : comment faire ressentir l’Histoire sans la figer ? La réponse imaginée tient dans une écriture iconographique où l’image, la lumière et la musique deviennent un même langage. Des plans de fortifications peuvent se déployer en lignes de lumière ; une gravure se dissoudre dans la pierre ; une figure historique traverser la façade avant de disparaître dans une constellation d’archives.


Le Pavillon du Roi comme architecture du récit
Le projet se concentre sur une seule façade : celle du Pavillon du Roi. Elle devient un immense livre d’histoire, une surface monumentale où peuvent se confronter le pouvoir et la grâce, la guerre et la poésie, la folie des hommes et la force de l’art, les figures dominantes et celles longtemps restées dans l’ombre.
Cette unité de lieu structure toute la dramaturgie. Les fenêtres deviennent tour à tour cellules, vitraux, cadres de portraits ou percées de lumière ; les lignes de pierre guident les transformations ; les symétries accueillent les face-à-face entre époques, figures et symboles. Le Pavillon du Roi n’est pas traité comme un écran neutre, mais comme la matrice même de l’écriture.
La durée envisagée était volontairement resserrée autour de quinze minutes. Cette temporalité permet de garder une grande exigence d’écriture, de composition et d’animation, sans diluer l’attention du public. Une courte parole introductive ou finale pouvait ponctuer le récit ; l’essentiel demeurait porté par la puissance de l’image, de la musique et de la spatialisation sonore.
Visuel 02 · Un dialogue entre figures, architecture et imaginaire
La façade réelle devient un espace de confrontation, de mémoire et de poésie visuelle.

Les sept vies de Vincennes
Le fil narratif intitulé provisoirement « De d’Artagnan à Joséphine Baker » traverse des épisodes emblématiques sans prétendre épuiser l’histoire du lieu. Il construit une suite de sept tableaux reliés par des transformations visuelles : nature, pierre, plume, feu, vitrail, ombre, flamme et lumière.
01 — L’arbre de justice
Sous le chêne de Saint Louis, la scène s’ouvre sur une image de sagesse et d’équité. Un vent soulève les feuilles ; elles se métamorphosent en pierres taillées. Le château sort de terre. Les premiers bâtisseurs, les tours, les murs d’enceinte et la Sainte-Chapelle apparaissent comme les pages d’un manuscrit qui se construit sous les yeux du public.
02 — La pierre et la mémoire
Avec Charles V, Vincennes devient forteresse et cité politique. Les rythmes de la guerre de Cent Ans font émerger remparts, chevaliers et machines de défense. Puis une flèche franchit l’espace et devient plume. Face au fracas des armes, des moines copistes, des manuscrits et des enluminures font apparaître l’autre visage du Moyen Âge : celui du savoir, de l’écriture et de la paix imaginée.
03 — Reines, mousquetaires et frondeurs
Le XVIIe siècle bascule vers les fêtes, les intrigues de cour et la Fronde. Des silhouettes de dames, de cavaliers et de mousquetaires traversent la façade. Une figure féminine de pouvoir répond à la régente, tandis que les couleurs oscillent entre l’or de la majesté royale et le pourpre des tensions. Les architectures de Le Vau réapparaissent comme une mémoire classique du lieu.
04 — Du Grand Siècle aux Lumières
Après le faste, l’enfermement. Le château devient prison d’État ; des barreaux de lumière, des visages de penseurs, une plume à la lueur d’une bougie font passer la façade du palais à la geôle. Diderot, Mirabeau ou Sade deviennent moins des portraits que des présences : celles d’une créativité qui survit dans l’ombre, d’une parole qui continue de s’écrire malgré la contrainte.
05 — Napoléon, jugement et résistance
L’ombre de l’Empire transforme Vincennes en théâtre de la raison d’État, puis en arsenal. La mise en scène confronte l’exécution du duc d’Enghien à la machine impériale : canons, plans, ateliers, rouages, feu. De cette mécanique guerrière surgit ensuite la figure du général Daumesnil, image de résistance et de fidélité à la France.
06 — Mata Hari, les masques de l’ombre
La Première Guerre mondiale resserre le récit autour de Mata Hari : artiste, femme prise dans les récits de l’espionnage, figure tragique associée à Vincennes. La danse et les voiles répondent au peloton, la grâce aux armes, la scène au jugement. Ce tableau ne cherche pas à résoudre un mystère : il donne une forme sensible à un destin que la guerre a broyé.
07 — Joséphine Baker et les ailes de la Résistance
Après l’Occupation, l’incendie et les ruines, une lumière émerge. Joséphine Baker apparaît comme artiste, résistante et figure de liberté. Ses partitions deviennent messages, ses messages traversent la cour, la flamme rallume symboliquement les pavillons. Les pierres se reconstruisent par la lumière : le final ne gomme pas les blessures, il ouvre un geste de renaissance.

Une mémoire des femmes, au centre du projet
L’un des gestes les plus affirmés de cette étude est de ne pas laisser l’histoire de Vincennes se réduire à une succession de figures masculines de pouvoir. Les reines, favorites, frondeuses, militantes, artistes, résistantes ou présences anonymes y sont pensées comme des forces actives du récit. Elles ne viennent pas illustrer une marge : elles déplacent la manière même de regarder le château.
Des reines et frondeuses à Mata Hari et Joséphine Baker, le mapping dessine une histoire plus complexe : celle des femmes dans les lieux de pouvoir, de détention, de création et de transmission. Toutes ces trajectoires prennent place sur le Pavillon du Roi, dans une même composition architecturale où elles répondent aux récits militaires et politiques du château.
Visuel 03 · Figures féminines, portraits et trajectoires de résistance
Un axe visuel majeur de l’étude : déplacer le regard vers les femmes qui ont marqué, traversé ou symboliquement habité Vincennes.

Archives, domaine public et création contemporaine
L’écriture a été nourrie par une recherche iconographique autour de gravures, peintures, cartes, plans, photographies, manuscrits et récits liés à l’histoire de Vincennes. Le travail ne consiste pas à juxtaposer des documents. Il les sélectionne, les recompose, les détourne de leur cadre d’origine et les met en dialogue avec la façade, afin de faire naître une image nouvelle.
Dans les mockups, les œuvres historiques relevant du domaine public deviennent des matières de composition : elles se superposent à des créations graphiques, à des dessins, à des textures et à des éléments générés ou transformés. L’originalité de l’étude réside dans cette direction artistique : choix des sources, architecture du récit, montage, cadrage, rythme, palettes, transpositions et relation précise entre image et bâtiment.
Les documents d’archives et images reproduits sur cette page sont identifiés et crédités selon leur statut lorsqu’une source fiable a pu être établie. L’enjeu de cette étude reste bien une écriture visuelle originale : une manière de transformer la documentation historique en expérience collective, immersive et contemporaine.

Du repérage au mockup : une méthode d’auteur
Le mapping vidéo architectural commence toujours par une lecture physique du lieu. Le rythme des ouvertures, les volumes, les corniches, la distance du public, les axes de regard et la couleur de la pierre déterminent l’écriture avant même le premier plan. Au Château de Vincennes, cette observation a conduit à penser le Pavillon du Roi comme une partition : une façade qui appelle autant la composition panoramique que le détail, le portrait, la fenêtre illuminée, le basculement d’époque ou la grande image de final.
- Repérer l’architecture et comprendre les usages nocturnes de la cour.
- Identifier les strates historiques, les figures, les tensions et les archives capables de porter le récit.
- Écrire une dramaturgie visuelle : apparitions, transitions, respirations, tensions et climax.
- Composer les images en fonction de la façade réelle, de l’échelle du public et du mouvement de la lumière.
- Mettre en cohérence image, musique, spatialisation et éclairage architectural.
Les mockups ont ici une fonction essentielle : ils ne sont pas de simples images de présentation. Ils servent à mesurer la lisibilité, le rapport des figures aux fenêtres, le poids des matières, l’intensité des contrastes et la capacité de la façade à devenir une scène sans perdre sa propre présence.
Une conclusion : mémoire vive au présent
La conclusion imaginée ramène le public à la cour contemporaine. Les figures historiques traversées pendant le spectacle ne sont pas convoquées pour être enfermées dans le passé. Elles restent comme des empreintes. Sur la façade du Pavillon du Roi apparaît un visage immense, composé de présences masculines et féminines qui se rejoignent : non comme un symbole abstrait, mais comme la possibilité de faire tenir ensemble des histoires opposées, des violences et des gestes de liberté.
Puis la lumière architecturale revient à son état calme. Les murs s’éteignent, mais la mémoire demeure. C’est la ligne sensible de cette étude de cas : faire du mapping vidéo au Château de Vincennes non pas une simple projection spectaculaire, mais un espace où l’histoire redevient partageable, mouvante et profondément humaine.





Rôle d’Aurélien Lafargue / Nature Graphique
ContributionsConception artistique, écriture narrative, structure dramaturgique, direction artistique, recherche iconographique, repérage, storyboard et mockups : Aurélien Lafargue / Nature Graphique.
Aide à la conception : Max Neveu.
Cette étude de cas présente le travail de conception mené en amont : la vision, la dramaturgie, les compositions, la relation aux archives et l’adaptation des images au site. Elle atteste d’une pratique où le patrimoine devient une matière de création, sans jamais cesser d’être regardé avec rigueur, curiosité et poésie.
Merci à l’ensemble des collaborateurs qui ont contribué, par leur expertise, leurs échanges et leur regard, au développement de cette étude.

Sources et crédits iconographiques
Cette étude mobilise des peintures, gravures, plans, manuscrits et documents historiques liés au Château de Vincennes et aux figures évoquées. Les œuvres relevant du domaine public et les archives réutilisables demeurent attribuées à leurs auteurs, institutions de conservation et sources lorsqu’ils ont pu être identifiés. Les crédits détaillés sont établis à partir des informations disponibles : auteur, titre, date, institution ou fonds, source et statut de réutilisation.
Crédits et droits d’auteur
© 2025 Aurélien Lafargue / Nature Graphique. Sauf mention contraire, les textes, l’écriture narrative, la structure dramaturgique, le storyboard, ainsi que les compositions graphiques, mockups et traitements visuels originaux personnellement conçus et réalisés par Aurélien Lafargue dans le cadre de cette étude sont protégés par le droit d’auteur. Cette protection porte sur leur formalisation originale et non sur les idées ou concepts pris isolément.
Les œuvres historiques, archives, photographies, documents sources et autres éléments intégrés aux visuels demeurent soumis à leur statut propre, aux droits éventuels de leurs auteurs ou ayants droit et aux conditions de réutilisation fixées par leurs sources. Les œuvres appartenant au domaine public sont identifiées et créditées dans la mesure du possible.
Toute reproduction, adaptation, diffusion ou réutilisation des contributions originales d’Aurélien Lafargue est soumise à son autorisation écrite préalable, sous réserve des exceptions prévues par la loi.
Cette page est publiée comme étude de conception et de direction artistique. Elle ne revendique ni la production, ni l’exploitation, ni la paternité d’une éventuelle version finale réalisée par un tiers.
Chaque projet commence par un contexte précis : une architecture, un objet, une marque, un public ou un récit. Nature Graphique imagine des dispositifs visuels capables de transformer cette matière en expérience sensible.










