
ABÎMES est une recherche artistique autour de l’océan, de la lumière et de la perception.
L’installation prend la forme d’un espace traversable, composé de lés de tulle suspendus, mis en mouvement et habités par des images tournées sous la surface de la mer. La projection traverse les différentes épaisseurs de matière, se fragmente, disparaît puis réapparaît plus loin.
Il n’y a plus véritablement d’écran. L’image devient un milieu dans lequel le spectateur peut entrer.
Une image que l’on traverse
Ce premier prototype est né d’une intuition simple : utiliser la transparence et le mouvement du tulle pour donner une profondeur physique à la vidéoprojection.
Sur chaque voile, l’image n’apparaît que partiellement. Elle se décompose en traversant les couches successives, rencontre les plis, les déplacements d’air et les ombres des visiteurs. Selon le point de vue, certaines formes se précisent tandis que d’autres se dissolvent.
Le dispositif produit une sensation instable, à mi-chemin entre l’image, la lumière et la matière. Le spectateur ne reste plus à distance. Son déplacement modifie sa perception de l’œuvre et son propre corps devient, par instants, une présence immergée dans la projection.
Ce prototype ne cherche pas encore à simuler l’installation dans sa forme définitive. Il constitue un espace de recherche : une manière d’éprouver les matières, les transparences, les mouvements et la capacité de l’image à quitter l’écran.









Filmer sous la surface
Les contenus projetés sont développés à partir de photographies et de vidéos que je réalise sous la mer.
Je ne cherche pas à filmer l’océan comme un paysage. Je m’intéresse davantage à ses états : les mouvements de la surface observés depuis le dessous, les courants, les matières en suspension, les reflets, les changements de densité et les formes presque abstraites produites par l’eau.
Breton et surfeur, j’entretiens avec l’océan une relation à la fois physique, intime et quotidienne. Il constitue depuis longtemps un territoire d’observation et de création. Avec ABÎMES, je cherche moins à le représenter qu’à retrouver quelque chose de la sensation d’y entrer : la perte de repères, la modification de la lumière, le ralentissement des mouvements et l’impression d’être enveloppé par un milieu vivant.
Les images sont ensuite retravaillées pour dialoguer avec les voiles et leurs mouvements. Elles ne viennent pas simplement recouvrir la scénographie : elles sont transformées par elle.
À terme, une composition sonore spatialisée prolongera cette recherche. Le son ne viendra pas illustrer les images, mais participera à la perception de la profondeur, des distances et des mouvements invisibles qui traversent l’installation.









Ce qui se trouble
Le titre ABÎMES porte plusieurs lectures.
Il évoque naturellement les profondeurs sous-marines, mais aussi la mise en abyme créée par la répétition des images à travers les différentes couches de tulle. Il contient enfin le verbe « abîmer » et la transformation progressive d’un milieu soumis à notre présence.
L’installation commence par une forme d’émerveillement. Les images attirent, enveloppent et invitent à avancer. Mais cette beauté est destinée à devenir progressivement plus incertaine. Ce qui paraissait naturel peut révéler une autre origine. Les frontières entre le vivant, le minéral et l’artificiel commencent alors à se confondre.
Je ne souhaite pas faire d’ABÎMES une œuvre démonstrative ni ajouter un discours écologique à une expérience visuelle. Sa dimension critique doit apparaître à l’intérieur même des sensations : dans une image qui change de nature, dans un mouvement qui se dérègle ou dans une beauté qui devient soudain plus difficile à regarder.
L’œuvre ne cherche pas à délivrer immédiatement un message. Elle tente plutôt de déplacer le regard et de laisser subsister un doute.



Une forme encore ouverte
ABÎMES se situe aujourd’hui entre installation, film spatial et environnement lumineux.
Sa forme n’est pas entièrement arrêtée, et je ne souhaite pas la figer trop rapidement. Son échelle, sa durée, son écriture sonore et la relation entre la circulation du public et le déroulement des images doivent encore être expérimentées.
Cette ouverture fait partie du projet. La forme définitive d’ABÎMES pourra naître de la rencontre avec un espace, un contexte de recherche et d’autres sensibilités artistiques ou scientifiques.
Les images présentées ici ne montrent donc pas une œuvre achevée. Elles documentent un premier moment : celui où quelques voiles, de la lumière et des images sous-marines ont commencé à former un espace.
Ce prototype en constitue le premier seuil.
Chaque projet commence par un contexte précis : une architecture, un objet, une marque, un public ou un récit. Nature Graphique imagine des dispositifs visuels capables de transformer cette matière en expérience sensible.